Claude Bourguignon : une certaine idée de la terre nourricière

Plusieurs centaines de personnes sont venues entendre Claude Bourguignon le 23 janvier dernier à St-Ismier, à quelques kilomètres de Grenoble. Tous âges, tous styles : L’agriculture du futur – la terre vivante et nourricière est un thème qui fédère, interroge et témoigne d’un intérêt croissant pour l’agro-alimentaire ; voici donc un aperçu de cette soirée passionnante.

Claude Bourguignon, comme son épouse Lydia, est ingénieur agronome, Directeur du Laboratoire d’analyse microbiologique des sols (LAMS) et n’est pas inconnu du grand public en dépit de travaux très spécialisés dans le domaine de la microbiologie des sols, dont le lecteur et moi n’avons certainement que quelques rudiments. Vous l’avez peut-être vu dans Solutions locales pour un désordre mondial de Coline Serreau :

Son message est simple, direct : les méthodes agricoles développées depuis la fin de la Seconde guerre mondiale ont conduit à un appauvrissement considérable des sols et par conséquent à une perte de qualité de notre nourriture.
C’est par une méthode de conservation et préservation des sols, que l’on peut retrouver les richesses de la terre vivante et nourricière.

Un constat : l’appauvrissement de l’activité biologique, chimique et physique des sols

Les sols sont peu étudiés en tant que tels – donc peu protégés – au contraire de l’eau et de l’air, objets d’un cadre européen strict. Le LAMS est l’un des seuls organismes qui étudie la composition et l’activité des sols à long terme.

Le constat est clair, en France et dans le monde : la terre, cette inconnue qui nous nourrit, subit désertification et érosion accrues depuis un siècle. « Tous les 7 ans, la France perd l’équivalent d’un département sous le béton« , déplore Claude Bourguignon. Et d’ajouter que « la production française annuelle de céréales décroît régulièrement depuis les années 1980 » (384kg en 1984 contre 300kg en 2010).

L’usage des pesticides s’est répandu avec l’idée que la planète mourrait de faim sans engrais. Il a surtout porté atteinte à l’activité des sols, tant d’un point de vue biologique, chimique que physique : disparition de l’humus, perte de l’énergie considérable dégagée par les micro-organismes, acidification, érosion.

Ce recul quantitatif se double de la diminution de la concentration en oligo-éléments (calcium, le magnésium et le fer) du sol et des produits qui en sont tirés. Alimentation moins nutritive, consommation excessive de sucres et de viande, baisse du nombre de variétés de fruits : les modes de production de l’industrie agro-alimentaire entraînent des modifications notables dans les habitudes de consommation de nos concitoyens. Les Français mangent pour la plupart à satiété, gaspillent parfois et, paradoxalement, voient leurs agriculteurs disparaître.

Une méthode : la conservation des sols à travers une activité agricole consciente

Face à ce constat, le travail de Claude et Lydia Bourguignon au sein du LAMS est d’étudier les mécanismes qui régissent la vie des sols et les méthodes qui permettent de les conserver, les améliorer, et de leur redonner vie.

La méthode qu’ils dégagent repose sur une activité humaine consciente, qui comprend le potentiel de la terre et sait l’utiliser pour nourrir l’ensemble des habitants sur terre : « Plutôt que décréter une terre pauvre, riche ou spécialisée (le blé en Beauce, le porc en Bretagne et les forêts dans les Landes), il est essentiel de se tourner vers les techniques adaptées à chaque sol et de réintroduire et le marnage, le compostage, les rotations et les semis direct sous couvert végétal » martèlent-ils.

Plus que jamais, il est nécessaire selon eux de revenir au proverbe paysan « la graine pour l’homme, la paille pour le sol, il faut inventer une agriculture consciente des enjeux tant biologiques qu’économiques et sociaux ».

Claude Bourguignon : une certaine idée de la terre nourricière

Claude Bourguignon a le débit rapide, le discours imagé, le recours facile aux chiffres et autres diagrammes. Ses arguments pour une agriculture indépendante des pressions industrielles et en phase avec son terroir, ne peuvent que faire mouche. Pourtant, dit-il, « le changement des modes de production rencontre un obstacle plus psychologique que financier. Plusieurs décennies de tout engrais ont profondément influencé la pensée agricole. Difficile de remplacer les engrais par un apport au cas par cas des éléments essentiels à la relance de l’activité biologique des sols. C’est pourtant la clé de la réactivation de la vie des terres érodées de Madagascar ou des sols brûlés au Brésil« .

Une application de la microbiologie des sols : les aliments que nous consommons au quotidien

Le sol est une ressource limitée qu’il est nécessaire de protéger d’autant qu’une partie des habitants de la planète souffre de la faim. Penser l’agriculture du futur, c’est alors organiser la production d’une nourriture saine et abondante. Reconnaître que laterre est vivante et nourricière, faire davantage le lien entre le champ et l’assiette, entre les méthodes agricoles et la qualité de notre nourriture. Produire des aliments de qualité, goûteux et bénéfiques.

En Isère, le développement de l’agriculture biologique, biodynamique et raisonnée, les circuits courts, les AMAP et les ventes directes producteur/consommateur font de cette région un terreau pour l’agriculture du futur. Exemple à suivre, sous nos latitudes françaises, et au-delà !

++ Pour aller plus loin++

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